This interview is written in French, if you prefer you can read the English version.
Dans cet entretien, Annie Lamarche serial-entrepreneuse, revient sur son parcours, ses motivations qui l’ont poussée à lancer Angry Ballerina, un magasin spécialisé dans le jersey et les tissus imprimés. Elle explique comment elle a transformé ses expériences personnelles pour trouver sa niche et discute de ses plans d’optimisation pour sa boutique.

Qu’est-ce qui t’a poussé à lancer ta propre entreprise ?
Angry Ballerina est ma troisième entreprise. J’ai lancé ma première entreprise quand j’avais une vingtaine d’années. J’ai beaucoup appris, notamment tout ce qui touchait à l’importation, et ça m’a aidée pour la suite. Lors de mon premier congé de maternité, j’ai lancé une compagnie de confection de vêtements. Une de mes grands défis à l’époque était de devoir visiter plusieurs magasins pour acheter tous les matériaux dont j’avais besoin pour réaliser un projet. C’est à ce moment-là que m’est venue l’idée de créer un one-stop-shop pour le tissu extensible à base de coton.
C’est ce que j’ai fait lors de mon deuxième congé de maternité. J’ai voulu répondre aux besoins des petites entreprises de confection et aux passionné(e)s de couture. J’ai ouvert Angry Ballerina et nous sommes maintenant dans la neuvième année. Dès le début, mon objectif était de me spécialiser dans le jersey, le tricot de coton et spandex, et d’avoir le plus de couleurs possible. Je voulais être le one-stop shop pour le jersey dont j’avais rêvé.
Puis j’ai expérimenté au fil des années. Dès la deuxième année, nous avions déjà une boutique physique. J’aime beaucoup déménager : nous avons déménagé huit fois avant de trouver la formule parfaite, ca été du sport!
D’où vient le nom Angry Ballerina ?
Le nom n’était pas planifié. Avec ma compagnie de confection, je participais à beaucoup d’événements et de salons, notamment d’artisans et des salons maternité. Lors d’un de ces évènements, j’étais en face d’une artiste qui faisait des dessins. Un de ses portraits s’appelait The Angry Ballerina. Ça m’a marquée. Je ne suis pas danseuse de ballet, mais ce portrait avait une émotion différente qui m’a interpellée. D’habitude, quand on pense aux ballerines, l’émotion première c’est la perfection. Ça n’est pas la colère ou l’exaspération. Quand il a fallu trouver un nom pour mon entreprise, j’ai aimé le contraste créé par ce tableau et ca m’a inspiré.
Côté marketing, c’était pratique que le nom commence par « A » parce que les magasins sont souvent listés par ordre alphabétique. J’ai essayé des versions francophones, mais le nom bilingue nous permet de rejoindre tout le Canada et tous les types de clientèle.

Tes parties préférées et ce que tu détestes le plus dans le fait d’avoir ta propre entreprise ?
Je pense que beaucoup de gens sont attirés par l’entrepreneuriat parce que ça offre une certaine liberté. “Je vais faire ce que je veux, travailler le nombre d’heures que je veux…” On imagine, faussement bien sûr, une personne qui court dans les prés les cheveux au vent. Et au final on abandonne un travail de 8 à 5 pour un emploi 24/7. L’entrepreneuriat sur le terrain, c’est moins glamour que dans les médias.
Ce que je déteste le plus, c’est le temps et l’énergie que demandent les communications en 2026. Le succès de mon entreprise est directement lié au temps passé à faire de la communication et nous vivons dans une ère de réponse instantanée : emails, Facebook, Instagram… Les clients s’attendent à une réponse rapide, et cela peut devenir malsain, surtout si on ne sait pas déléguer. Il faut être constamment connecté, ce qui peut négativement affecter la vie sociale et la famille.
Ce que j’aime, c’est d’avoir le contrôle total sur l’entreprise. Je peux ajouter ou retirer des volets en suivant mon inspiration. Par exemple, à un certain point, j’ai décidé d’imprimer des collants. Une fois le projet lancé, je me suis aperçue que ça n’était pas quelque chose qui convenait à notre entreprise, j’ai donc fermé ce volet. Dans une grande entreprise, je n’aurais pas ce contrôle.

Tes patrons ou créateurs préférés ?
J’ai deux enfants, donc j’ai beaucoup cousu pour eux. Mes patrons préférés sont d‘Apple Tree. Les patrons sont bien faits, bien expliqués, avec beaucoup de tailles et faciles à modifier. J’en ai testé beaucoup, mais Apple Tree a vraiment été la compagnie que j’ai préférée pour les enfants.
D’autres magasins que tu admires ?
Au Québec, il y a quelques entreprises qui ont trouvé leur place et qui coexistent sans se marcher sur les pieds. J’aime certaines entreprises surtout pour leur valeur et leur direction, comme Noir Blanc et Non non oui. Je respecte leur niche et leur signature.

Des conseils pour quelqu’un qui voudrait ouvrir une boutique ?
Je crois que beaucoup de gens se sont lancés pendant le COVID en pensant faire de l’argent facile. La machine à coudre faisait partie des recherches top 10 sur Google. Mais de nos jours, il n’est pas si facile d’avoir un magasin de couture rentable.
Dans le temps, les gens faisaient de la couture parce que cela coûtait moins cher que d’acheter des vêtements tout faits. Du coup, il était facile pour des boutiques de tissu de trouver des clients puisque pour beaucoup de familles, le tissu était une nécessité. Maintenant la couture, c’est un passe-temps qui a un coût, ça peut être un passe-temps passionnant mais, aussi, coûteux.. Les gens le font pour avoir un résultat ajusté à leur corps dont ils peuvent être fiers.
Du coup, pour réussir, il faut bien connaître son client, adapter son offre, réviser constamment et accepter de faire évoluer son entreprise en fonction du marché. On ne peut pas simplement se dire qu’on va faire de l’argent. Il faut qu’il y ait une passion, une mission, un client idéal, vers lesquels on va revenir quand on se pose des questions sur l’avenir. Selon moi, c’est ce qui nous permet de rester sur la ligne droite.
Qu’est-ce qui t’excite pour l’avenir ?
Avant de gérer Angry Ballerina, je travaillais dans l’analyse et l’optimisation des ventes. En ce moment, je reviens à la source. Je me concentre sur nos trois axes principaux : impressions sur place, jersey uni et jerseys à motifs. Mon objectif est d’optimiser et approfondir ces volets et de les mettre en avant avec notre marketing.
J’ai acheté une machine DTF, il y a presque deux ans maintenant, pour faire des appliqués pour des chandails. Cela représente un nouvel aspect sur lequel on veut mettre de l’emphase. Les jerseys font l’autre tiers. Tout ce qui est impression en boutique, sur place, c’est le dernier tiers. Dans les prochains mois, je vais concentrer mes efforts sur l’impression en boutique et la facilité de les commander en ligne.
Nous avons une très large bibliothèque d’images pour l’impression et je souhaite trouver moyen de faciliter le partage avec les clients. Mon défi actuel est de rendre ces images accessibles sans saturer le site. J’aime beaucoup acheter des images à différents artistes et au fil des années, ça s’accumule. Maintenant, nous avons des milliers d’images qu’on peut imprimer. Je ne trouvais pas de système pour les rendre accessibles et je n’avais pas envie de créer une fiche produit pour chaque combinaison de tissu et d’image. J’ai déjà 7000 fiches produit. Si on multiple par les 4500 images que j’ai, c’est un cauchemar. Et aucune des applications Shopify que j’ai essayées pour le moment ne me plaisait. Trouver comment résoudre ce défi technique, c’est mon prochain gros projet.
