This interview is written in French, if you prefer you can read the English version.
Dans cet entretien, Sarah Bernier, fondatrice des Perlines, raconte comment son rêve d’une carrière en entreprise de mode s’est transformé lorsqu’elle a découvert l’univers des patrons PDF, une révélation qui a complètement redéfini son parcours. Elle partage avec authenticité son amour profond pour le développement de patrons, ses défis à jongler avec trop d’idées et pas assez d’heures pour toutes les réaliser, et la réalité souvent plus laborieuse que prévue de bâtir sa propre entreprise.

Qu’est-ce qui t’a poussé à lancer ta propre entreprise?
À l’origine, j’ai fait des études de design de mode et mon but était vraiment de travailler en entreprise: une job 9 à 5. Pendant mon bac, j’ai fait un stage de six mois en entreprise chez Reitmans, dans la section maternité. Je travaillais comme assistante designer. Après le stage, ils m’ont offert une job. Mais après environ un an, j’ai réalisé que c’était vraiment répétitif. J’étais perdue. J’avais été si sûre de vouloir travailler en entreprise mais la réalité ne correspondait pas à ce que j’imaginais.
Les gens ne réalisent pas que le domaine de la mode en entreprise est très éloigné de la couture à la maison. Ce sont deux mondes complètement différents. Même après six ans d’études, je n’avais pas croisé cet univers. C’est par hasard sur Instagram que je suis tombée sur une compagnie de patrons PDF et je me suis dit : « Oh my God, mais être patronniste, c’est ce que j’ai toujours préféré faire! »
En entreprise, les gens préfèrent être designer plutôt que technicien. C’est mieux payé. Et quand tu es designer, tu ne touches plus vraiment aux patrons. Quand j’ai découvert, en 2018, qu’il y avait des créateurs qui faisaient des patrons pour PDF pour les gens qui cousaient à la maison, j’ai commencé à penser à créer mes propres patrons presque immédiatement et j’ai finalement sorti mon premier patron à la fin 2020. Ça a pris du temps.
D’où vient le nom de ton entreprise?
Les Perlines est un vieux surnom pour les filles. Chez nous, ma grand-mère appelait elle et ses sœurs « les perlines ». Elle appelait aussi mes tantes comme ça, et parfois mon père nous appelait affectueusement, moi et mes sœurs, les perlines.
Je savais que la plupart de mon contenu serait en anglais, alors je voulais vraiment garder un nom en français. Et je ne voulais pas que ce soit mon nom à moi. Les Perlines, c’est une ode à ma famille. D’autant plus que c’est ma grand-mère qui m’a appris à coudre.
Quelle est ta partie préférée — et celle que tu aimes le moins — dans la gestion de ton entreprise?
Ma partie préférée, c’est vraiment le développement. Quand j’ai une idée, faire les prototypes, résoudre les problèmes de fit, penser à comment assembler, comment écrire les instructions pour qu’elles soient le plus claires possible. Je veux que l’expérience soit fun pour toutes mes clientes. Pendant mon bac, on nous poussait à trouver des façons plus créatives de finir des vêtements et d’approcher le design. Ça m’a vraiment marquée. Voir des problèmes et trouver des solutions, c’est aussi ce qui me permet de grandir en tant que designer.
Ce que j’aime le moins, c’est que ça prend du temps de faire un patron. J’ai tellement d’idées. Ça fait un an que je suis à temps plein et je pensais que j’allais pouvoir sortir tous les patrons que j’ai dans la tête, mais non. Le plus dur, c’est de choisir quels designs je vais avoir le temps de faire. J’adore faire des recherches et regarder les tendances ,ce qui fait que j’ai 40,000 idées de patrons toutes les semaines. J’ai une dizaine de patrons, alors créer une collection cohésive tout en sortant des nouveautés, c’est difficile. J’ai envie de tout faire, mais je manque de temps.


As-tu des magasins de tissus préférés?
J’achète tout en ligne. Mon number one, c’est Blackbird Fabrics. La qualité est toujours A1. Et ils sont au Canada comme moi alors pas de surprises avec les frais d’imports.
Moi, mon magasinage en ligne, c’est aller sur tous les sites et regarder tous les tissus. Je mets tout dans mon panier puis je ferme la page. Je ne garde pas vraiment de stash. Je manque de place et je préfère acheter par projet.
Y a-t-il des créateurs de patrons que tu admires?
Il y en a tellement. Je fais rarement les patrons des autres. C’est pas parce que je ne les admire pas, c’est juste que si j’ai une idée, j’ai envie de la développer moi-même.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut lancer sa propre entreprise de patrons?
Je dirais d’y aller lentement. Mon premier patron est sorti en 2020 et ça fait juste un an que je suis à temps plein. J’ai travaillé quatre ans là-dessus en parallèle, à temps plus que partiel. Il faut prendre son temps, bâtir une bonne base.
Beaucoup de choses passent par les réseaux sociaux, et quelqu’un de nouveau pourrait penser : « Je vais sortir un patron, ça va faire fureur, je vais devenir riche instantanément et je vais quitter ma job. » Mais c’est rarement la réalité.
Ça prend du temps de monter une entreprise, une audience, un marché. Et ce temps permet aussi de se roder. Un patron après l’autre, j’ai monté mon système. J’ai perfectionné mes méthodes, mes instructions, ma gradation. S’il n’y a pas besoin que tout soit parfait au début, ça enlève de la pression.
C’est sûr que travailler deux jobs pendant quatre ans, c’est exigeant, mais je suis passionnée, je l’aurais fait de toute façon.

Qu’est-ce qui t’inspire pour l’avenir?
J’ai tellement de patrons que je veux faire, je veux juste créer, créer, créer. J’ai d’autres projets aussi, mais ma priorité, c’est de vider ma banque mentale d’idées. Je ne sais pas si ça va arriver un jour, mais c’est ça qui m’excite le plus. La créativité, pour moi, c’est un puits infini. Si j’arrêtais de faire ça, je ferais mille autres projets : poterie, woodworking, bricolage. Une fois que t’es partie, c’est infini.